RELATIONS, EQUILIBRE ET VERITE DE SOI
RELATIONS, EQUILIBRE ET
VERITE DE SOI
Par Henri Barbeblanche, philosophe, créateur de la
philosophie de l’Equilibrisme, créateur du concept d’Equitude.
Je prends la parole comme
si j’étais assis en face de toi, près d’une fenêtre où la lumière change
doucement. Je parle en ami, sans jugement, avec la voix calme d’un homme qui a
observé bien des vies et qui sait combien les choses sont plus compliquées que
les formules toutes faites.
Je vais te parler d’une
question qui revient souvent, et qui te concerne peut-être : rester dans une
relation « pour les enfants », pour la sécurité, pour l’image, pour ne pas
perdre ce qu’on a construit — et s’éteindre peu à peu en le faisant. Je veux le
dire clairement : je ne viens pas t’ordonner de partir ni de rester. Je veux
t’aider à regarder honnêtement ce qui se joue, à écouter ce qui vit en toi, et
à prendre une décision qui respire la vérité et la compassion.
Tu restes parfois pour de
bonnes raisons apparentes. « Pour les enfants », tu dis. « Parce que je ne veux
pas les priver d’un foyer », « parce que c’est plus simple financièrement », «
parce que j’ai peur d’être seul(e) », « parce que j’ai investi tant d’années ».
Ces motifs sont réels, légitimes, remplis d’amour et de responsabilité. Mais
parfois la motivation cache autre chose : la peur de l’inconnu, la honte, la
culpabilité, le besoin d’être reconnu, la croyance que l’amour doit toujours
être sacrificiel.
L’équilibrisme, dans sa
simplicité, te propose un critère : la vérité intérieure. Non pas la vérité qui
humilie l’autre, mais la vérité qui te permet d’être entier(e). Si tu t’éteins
pour sauver une image ou par habitude, ce que tu appelles « sacrifice » peut
devenir une dette émotionnelle que tu transmets aux autres — à tes enfants, à
toi-même. Les enfants ressentent la tension invisible ; ils apprennent autant
de ce qui est réel que de ce qui est joué. Ils apprennent le courage de rester
quand c’est vivant, et aussi le courage de partir quand c’est nécessaire.
Je veux entrer un peu
dans le détail, car ce sont les gestes quotidiens qui trahissent la vérité d’un
couple :
• Le désamour muet : vous
cohabitez, mais vous n’avez plus la curiosité l’un pour l’autre ; vous évitez
les conversations importantes ; le lit devient un espace de distance.
• La justification pour
autrui : « je le fais pour les enfants », « il/elle a besoin de moi », « c’est
la route la plus correcte ». Ces phrases sont des pansements qui empêchent de
voir la blessure.
• L’espoir d’un
changement futur : « peut-être que ça ira mieux », et l’usure qui suit
l’attente.
• L’économie émotionnelle
: tu donnes et tu te vides, tu acceptes l’insatisfaction comme un état normal.
• La peur de perdre son
identité : « si je pars, qui suis-je ? » — et la tentation de rester pour ne
pas réinventer sa vie.
Ces dynamiques ne sont
pas condamnables. Elles sont humaines. Mais elles appellent une honnêteté
respectueuse. L’équilibrisme t’invite à poser trois gestes simples, concrets,
qui peuvent illuminer la situation :
1. Observer sans
s’accabler.
Fais un inventaire
honnête : ce que tu ressens quand tu es avec l’autre, ce que tu gardes pour
toi, les moments où tu te sens vivant(e) et ceux où tu t’éteins. Note sans te
juger. Cette observation est un acte d’amour, d’abord pour toi.
2. Parler vrai, avec
douceur.
Prépare une conversation
où tu passes du « tu fais » au « je ressens ». Par exemple : « Quand la maison
est silencieuse entre nous, je me sens seul(e) et j’ai peur que cela m’éteigne.
J’ai besoin de comprendre ce que tu vis. » Les « je » ouvrent ; les reproches
ferment. Cherche à savoir, pas à convaincre.
3. Expérimenter des
changements progressifs.
Plutôt que de tout
trancher sur le coup, propose des expériences : un temps de communication
encadrée (un rendez-vous hebdomadaire pour parler), une thérapie de couple, des
week-ends séparés pour ressentir la vie sans l’autre, des rituels de soin pour
toi. Ces micro-tests te donnent de l’information sans brûler les ponts.
Si tu as des enfants,
pose-toi la question centrale, avec toute la lucidité possible : qu’est-ce qui
leur servira le plus — vivre chaque jour dans une maison où deux adultes
simulent l’harmonie, ou vivre des modèles de courage, de respect et
d’authenticité, même si cela implique des changements ? Les enfants absorbent
la vérité d’un foyer bien plus que ses apparences. Ils apprennent à écouter et
à reconnaître la dignité d’une vie bien tenue, qu’elle soit partagée ou
séparée.
Permets-moi d’ajouter des
repères pratiques, parce que les grandes idées ont besoin d’un pas à pas :
• Pose des limites : si
la tension est constante et toxique, tu peux instaurer des espaces de retrait
pour te recharger (soirées seules, sorties avec des amis, reprise d’un hobby).
Protéger ta régulation émotionnelle est un acte responsable.
• Cherche du soutien : une
amie de confiance, un groupe, un thérapeute, une médiation familiale. Tu n’es
pas censé(e) porter seul(e) le fardeau des décisions.
• Évite l’ultimatum
impulsif : il est souvent violent et peu informatif. Préfère les engagements
expérimentaux et les étapes claires.
• Si la violence ou la
mise en danger existe, agis pour la sécurité : protège-toi et protège les
enfants. Il n’y a pas d’équilibre possible dans la mise en danger. (Si tu vis
cela, cherche immédiatement des ressources locales.)
Et maintenant, pour te
rendre la réflexion plus concrète, voici des questions que je te propose
d’entendre et d’écrire, à la première personne, comme on ouvre une porte vers
soi :
• Quand je regarde ma
relation, quelles sensations dominent en moi : paix, fatigue, indifférence,
colère, tristesse ?
• Quelle décision
serais-je capable de prendre aujourd’hui, même petite, pour respecter davantage
ma vie intérieure ?
• Est-il possible que
rester soit une forme de renoncement qui me coûte plus cher, à moi et aux
autres, que le changement ?
• Qu’est-ce qui m’empêche
le plus : la peur du regard des autres, la peur de la solitude, la peur du
manque matériel, ou la culpabilité ?
• Si je devais parler à
mes enfants dans dix ans, quelle histoire voudrais-je pouvoir leur raconter sur
ce que j’ai fait pour leur bien être ?
Je sais que ces questions
font trembler, parce qu’elles appellent des choix courageux. Mais n’oublie pas
que courage ne signifie pas brutalité. Le courage peut être doux : c’est la
force tranquille de celui ou celle qui choisit la vérité au lieu du paraître.
Enfin, rappelle-toi cette
pensée que j’aime : l’amour responsable n’exige pas l’annihilation de soi. Il
exige la vérité, la constance et la tendresse. Parfois la tendresse se
manifeste en restant et en transformant la relation ; souvent elle se manifeste
aussi en permettant à chacun de retrouver sa respiration, même si cela signifie
des chemins séparés. Les deux peuvent être des actes d’amour.
Si tu veux, fais ce soir
un petit exercice : assieds-toi dix minutes, respire calmement, et écris trois
phrases commençant par « Ce que je veux vraiment… », « Ce dont j’ai besoin… »,
« Ce que je peux offrir… ». Ce petit geste d’honnêteté te donnera déjà de la
clarté.
Je te parle ainsi parce
que je crois en ta capacité à choisir avec lucidité et bonté. L’équilibrisme
n’est pas un dogme du départ ; c’est la boussole qui te rappelle de rester
fidèle à toi-même même quand tu prends soin des autres. Et c’est ainsi, pas à pas,
que l’on transforme le sacrifice en responsabilité aimante.
Philosophe, écrivain, créateur de la philosophie de l’Équilibrisme, créateur du concept d’Equitude.

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