QUAND LA TERRE NE VOUDRA PLUS DE NOUS
QUAND LA TERRE NE VOUDRA PLUS DE NOUS
Par Henri Barbeblanche
Je ne suis pas prophète.
Je suis un homme qui écoute.
Et ce que j’entends, ce n’est
pas une rumeur lointaine, ce n’est pas une paranoïa de fin du monde.
Ce que j’entends, c’est un
craquement. Une voix sourde. Une plainte ancienne.
Celle de la Terre.
Elle ne crie pas. Elle
ralentit, elle rompt, elle soulève. Elle gronde dans l’air, dans les eaux, dans
la peau de ceux qui vivent encore avec elle.
Mais ceux-là, souvent, on ne
les entend pas.
On les méprise. On les
bombarde. On les écrase sous les discours d’un futur « plus fort, plus grand,
plus sûr ».
Les grands de ce monde pensent
bâtir un nouvel ordre.
Ils se disputent la chaise
d’un banquet en flammes.
Mais ce qu’ils appellent «
ordre » n’est qu’un autre visage du déséquilibre.
Ils veulent dominer ce qu’ils
ne comprennent pas.
Ils parlent de frontières
alors que le ciel déborde.
Ils parlent de croissance
alors que les racines suffoquent.
Ils parlent d’ennemis alors
que leur vrai affrontement est avec le vivant qu’ils refusent d’honorer.
L’humain devait être un allié
du monde.
Il est devenu parasite. Il
prend plus qu’il ne donne. Il creuse sans écouter. Il transforme sans
gratitude.
Et alors, que fera la Terre ?
Elle ne tiendra pas un
tribunal.
Elle ne fera pas la guerre.
Elle fera ce que toute entité
vivante finit par faire quand elle est envahie :
Elle rejettera.
Pas par haine.
Par réflexe de survie.
Regarde les déluges. Regarde
les incendies. Regarde les virus, les sécheresses, les éboulements. Ce ne sont
pas des punitions. Ce sont des langages.
Des appels d’arrêt.
Des seuils qu’on franchit.
Mais qui entend ?
Qui lève les yeux, non vers
les satellites, mais vers l’intuition ancienne qui nous liait aux pierres, aux
arbres, aux pluies ?
Qui se souvient que la Terre
n’a pas besoin de nous, mais que nous avons tout reçu d’elle ?
Ce texte n’est pas un cri.
Il est un hommage lucide à ce
qui se retire.
La beauté d’un monde qui
s’efface faute d’être regardé avec amour.
Et s’il reste encore un peu de
souffle dans ce monde — ce que j’appelle l’équitude, cette justesse intérieure
et extérieure, ce fil que l’on tend entre soi et le vivant — alors il faut le
dire :
Ce n’est pas un nouvel ordre
mondial qu’il nous faut.
C’est un réveil ancien.
Un réajustement intime.
Une mémoire du lien.
Là où les empires tombent,
Le souffle de la Terre attend
toujours d’être honoré
Philosophe, écrivain,
créateur de la philosophie de l’Équilibrisme

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