L’Equilibrisme face à la guerre économique de Donald Trump : une lecture entre tension et discernement
L’équilibrisme
face à la guerre économique de Donald Trump : une lecture entre tension et
discernement
Il est des guerres qu’on ne voit pas tout de suite.
Elles ne font pas de bruit de bombes, pas de corps jetés aux frontières du
monde. Ce sont des guerres de chiffres, de taxes, de traités rompus, de tweets
incendiaires lancés comme des balles. Sous la présidence de Donald Trump, les
États-Unis ont initié ce que l’histoire appellera peut-être une « guerre
économique » mondiale — non pas nouvelle dans sa nature, mais intensifiée,
théâtralisée, revendiquée.
Et moi, en tant que philosophe de l’équilibrisme, je
ne peux m’empêcher d’observer cette stratégie comme un symptôme, un signe de
notre époque. Car l’équilibrisme n’est pas une idéologie, mais un art : l’art
de tenir entre les extrêmes, sans se réduire à la tiédeur. Il ne cherche ni
l’absolue paix, ni la pure confrontation. Il cherche la clarté dans la
complexité.
Sous Trump, les États-Unis ont imposé des droits de
douane punitifs, remis en question les accords multilatéraux (comme l’ALENA ou
l’OMC), et ciblé la Chine comme adversaire économique majeur. Ce n’était pas
simplement une stratégie commerciale : c’était un acte symbolique de
souveraineté, de réaffirmation brutale du pouvoir. Le slogan « America First »
n’était pas seulement un cap économique, c’était une philosophie d’isolement
actif, de protectionisme performatif, une manière de dire au monde : Je me suffis,
je me défends, je me réinvente contre vous.
L’équilibricien regarde cela et y voit à la fois une
vérité et un piège.
La vérité : tout système en déséquilibre appelle une
tension corrective. L’économie mondiale, mondialisée à outrance, avait produit
ses propres injustices : délocalisations massives, dépendances stratégiques,
désindustrialisation des classes moyennes. Il y avait une blessure, et Trump, à
sa manière rugueuse, l’a montrée du doigt.
Mais le piège, c’est de croire que l’équilibre peut
être restauré par l’agression. Le protectionnisme aveugle est un balancier qui
va trop loin. Il ne guérit pas : il fracture. Il transforme les partenaires en
ennemis, et la complexité du commerce mondial en une fiction de bons contre
méchants.
L’équilibrisme, lui, propose une autre posture :
reconnaître les tensions systémiques, sans tomber dans la réaction. Agir, oui —
mais en discernement. Réduire la dépendance stratégique, oui — mais en
solidarité. Défendre ses intérêts, oui — mais pas au prix de la coopération,
car l’équilibre ne se maintient jamais seul. Il demande de l’écoute, de la
souplesse, de l’ancrage.
En ce sens, la guerre économique de Trump est un
déséquilibre qui se prend pour un remède. Une tentative de retrouver la
maîtrise par le contrôle, le pouvoir par le conflit. Mais l’équilibre véritable
n’est jamais imposé — il se négocie.
Et nous, équilibriciens et équilibriciennes, avons
la tâche étrange, mais essentielle, de ne pas choisir trop vite notre camp. De
rester dans la tension. De ne pas céder aux récits simplistes. Et peut-être,
dans ce monde de rapports de force, d’incarner un autre rapport : celui qui
refuse la violence sans refuser la vérité
Par Henri Barbeblanche

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