QUAND ON CONTINUE UNE ROUTE QUI NE NOUS NOURRIT PLUS

 


QUAND ON CONTINUE UNE ROUTE QUI NE NOUS NOURRIT PLUS

Par Henri Barbeblanche, philosophe, créateur de la philosophie de l’Equilibrisme, créateur du concept d’Equitude.

 

Il existe des vies que l’on choisit.

Et il existe des vies que l’on continue.

 

Pas parce qu’elles nous ressemblent encore,

mais parce qu’un jour, on s’y est engagé,

et qu’on ne sait plus très bien comment — ni si l’on a le droit — d’en sortir.

 

Beaucoup d’êtres humains ne vivent pas réellement la vie qu’ils désirent,

ils vivent la vie qu’ils ont commencée.

La vie qu’on leur a conseillée.

La vie qui semblait logique.

La vie qui cochait les cases.

 

On appelle ça la stabilité.

Mais parfois, ce n’est que de la continuité sans élan.

 

La vie vécue par défaut

 

Très souvent, les choix fondateurs ne sont pas faits par passion,

mais par élimination :

ce qu’on ne veut pas, ce qui paraît le plus raisonnable,

ce qui rassure l’entourage,

ce qui “se fait”.

 

Alors on entre dans un couloir.

Et plus on avance, plus il devient étroit.

Parce qu’avec le temps viennent les responsabilités,

les habitudes,

l’image que les autres ont de nous,

et surtout… l’image que nous avons de nous-mêmes.

 

À ce stade, changer de voie ne ressemble plus à un simple choix.

Cela ressemble à une remise en question identitaire.

Et peu de choses sont aussi vertigineuses que cela.

 

Alors on continue.

 

La fidélité à un chemin qui ne nourrit plus

 

Il y a cette phrase que beaucoup prononcent avec fierté :

 

« Quand je commence quelque chose, j’aime aller au bout. »

 

Et c’est vrai, la persévérance est une qualité.

Mais parfois, elle devient une prison élégante.

 

Parce que continuer n’est pas toujours un signe de force.

Parfois, c’est juste le signe qu’on n’ose pas encore s’autoriser autre chose.

 

On confond la fidélité avec la loyauté à soi,

alors qu’on est souvent simplement fidèle à une décision passée

prise par une version de nous qui n’existe plus.

 

Et l’on reste…

non par désir,

mais pour ne pas affronter cette question redoutable :

“Et si je m’étais trompé ?”

 

La peur de changer déguisée en persévérance

 

Ce que l’on appelle persévérance est parfois une peur très raffinée.

 

La peur de perdre la face.

La peur de devoir expliquer.

La peur de décevoir.

La peur d’admettre que l’on ne sait plus très bien pourquoi on fait tout ça.

 

Alors on transforme la peur en vertu.

On appelle ça du courage.

Mais au fond, c’est souvent juste de l’immobilité protégée par un discours noble.

 

Changer demande plus de courage que continuer.

Parce que changer oblige à quitter le connu

pour entrer dans un espace où l’on n’a plus de scénario.

 

Et l’être humain, plus que tout, aime savoir ce qui vient après.

 

Le mythe du “trop tard”

 

Un autre piège se referme alors doucement :

celui de l’âge.

 

On se dit :

·        “J’ai déjà investi trop de temps.”

·        “Je ne peux pas tout recommencer.”

·        “Ce serait irresponsable.”

·        “Ce n’est plus raisonnable à mon âge.”

 

Mais depuis quand la vie fonctionne-t-elle avec des dates de péremption ?

 

Depuis quand l’élan intérieur devrait-il s’arrêter à un chiffre ?

 

Ce n’est pas l’âge qui empêche de changer de trajectoire.

C’est la croyance que notre identité est figée.

 

Or l’être humain n’est pas un produit fini.

Il est un mouvement.

 

Ce que voit l’Équilibrisme dans tout cela

 

L’Équilibrisme ne parle pas de réussite.

Il parle d’ajustement.

 

Il ne dit pas :

“Il faut tout quitter.”

Il dit :

“Il faut écouter quand quelque chose ne résonne plus.”

 

L’équilibre n’est pas la stabilité parfaite.

C’est la capacité à se réajuster quand la vie évolue.

 

L’Équilibrisme voit dans les échecs répétés,

dans la fatigue,

dans la perte de motivation,

non pas des défauts,

mais des signaux d’inadéquation.

 

Pas parce que la personne est incapable,

mais parce que ce qu’elle fait ne correspond plus à ce qu’elle est devenu.

 

Et il n’y a là rien de dramatique.

Il y a juste une invitation à reconsidérer la trajectoire.

 

 Le droit fondamental de redéfinir sa route

 

L’un des plus grands oublis de notre société

est de rappeler ceci :

 

On a le droit de changer.

On a le droit de ne plus vouloir la même chose.

On a le droit de bifurquer.

On a le droit de se redéfinir.

 

Non pas parce qu’on a échoué,

mais parce qu’on a évolué.

 

L’Équilibrisme ne cherche pas la cohérence avec le passé.

Il cherche la justesse avec le présent.

 

Et parfois, la décision la plus équilibrée

n’est pas de continuer…

mais d’oser regarder autrement.

 

 Conclusion — Ce que l’Équilibrisme nous murmure

 

L’Équilibrisme ne demande pas :

“Est-ce que tu vas réussir ?”

Il demande :

“Est-ce que tu te sens vivant dans ce que tu fais ?”

 

Parce qu’une vie réussie, mais vide de sens,

n’est pas vraiment une réussite.

 

Et une vie en transition, en questionnement, en réajustement,

n’est pas un échec —

c’est souvent un signe de lucidité.

 

L’équilibre n’est pas dans la rigidité.

Il est dans la capacité à s’écouter sans se condamner.

 

Et peut-être que la plus grande forme de courage,

ce n’est pas d’aller au bout coûte que coûte,

mais d’oser se demander, avec douceur :

 

“Est-ce que ce chemin me ressemble encore ?”

 

Henri BarbeBlanche

Philosophe, écrivain, créateur de la philosophie de l’Équilibrisme


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